|
JOHNNY EMBARQUE SUR SA DERNIÈRE TOURNÉE
Du vendredi 28 au dimanche 30 mai 2009, le Stade de France va résonner sous la voix de Johnny Halliday. Que dire de Johnny??? A bientôt 66 ans, il est depuis longtemps déjà, une légende. Décrié, parfois moqué par des imbéciles, il a réussi à passer toutes les modes, à survoler toutes les tendances et à boucler 50 ans de carrière.

Il y a 50 ans, qui aurait pu prédire que Jean-Philippe Smet deviendrait une icône nationale? A ses débuts, certains avaient prédit que le phénomène s’essoufflerait en quelques mois. De Gaulle le premier, promettait de lui donner des cailloux à casser pour calmer ses ardeurs. Mais à contre-courant de l’avis de ses détracteurs, le rocker est bel et bien devenu une légende… La Légende.
Il est à lui seul, la mémoire de la France. En effet, quand on suit le parcours de Johnny, on en traverse tous les grands moments depuis 1960. Si Johnny est populaire c’est qu’il représente « la France d’en bas », la France des gens normaux, la France de ceux qui travaillent, la France de ceux qui peuvent se tromper, faire des erreurs, la France des héros de la vie, la France des chagrins d’amour, des matins cassés et des nuits enfumées, la France qui rêvait encore de la route 66, de James Dean et de Marylin. Johnny Halliday incarne tout ça en même temps. Il parle aux gens avec générosité et simplicité. Il est comme nous, il aime, il souffre, il a parfois eu des problèmes d’argent avec des huissiers qui le harcelaient au point de se faire prendre en photo avec le matériel saisi chez lui, comme des trophées.
En 1960, la jeunesse étouffe. Avoir entre 16 et 20 ans dans ces années-là, c’est fermer sa bouche devant les parents, baisser la tête devant la police, écouter Tino Rossi, se taper les discours des curés le dimanche et le tout couronné par un possible départ pour jouer les héros en Algérie au nom d’un empire colonial en pleine décomposition.

Le transistor apparaît et diffuse en boucle du rock. LE ROCK, celui d’Elvis, de Chuck Berry, de Jerry Lee Lewis, et les jeunes français rêvent. Ils rêvent de burger, de pin-up, de twist, de liberté et tout ça…. C’est l’Amérique.
Le cinéma américain déverse sur les écrans du monde entier une nouvelle façon de vivre et c’est d’ailleurs en allant voir le film « Lovin’ you » que le jeune Jean-Philippe Smet a la révélation. Il se met à reprendre les chansons d'Elvis Presley, et se fait peu à peu connaître du public. Deux ans après, alors qu'il n'a que 16 ans, Jean-Philippe a l'opportunité de passer à la télévision dans l'émission « Paris cocktail ». Il est remarqué par Jacques Wolfsohn et devient Johnny Hallyday, reprenant le nom de famille d'une de ses cousines mariées. Ses premiers 45 tours sont enregistrés en 1960, et c'est le deuxième, sorti en juin, qui le met au devant de la scène avec le titre « Souvenir Souvenir ».
A partir de là, il va tout connaître. Johnny va rencontrer Bob Dylan, les Beatles, les Rolling Stones et va même prendre en 1964 en première partie de ses concerts un jeune guitariste totalement atypique et carrément prodigieux. Ce guitariste que personne ne connaît encore va révolutionner à jamais l’histoire de la pop/rock sous le nom de Jimmy Hendrix.
C’est une période ou les artistes donnent de leur personne. Sur scène, Johnny explose tout sur son passage et à raison de plus de 250 représentations par an, il construit peu à peu sa légende. Quand d’autres se contente de passer à la radio, style Richard Anthony, Johnny lui est sur le terrain. Les fans cassent les fauteuils, se battent, provoquent la police et l’ordre institutionnel au nom du rock et du droit à la jeunesse.
Johnny va connaitre plusieurs fois le creux de la vague, notamment au cœur du mouvement hippies. Il va passer par des phases de « défonce » mais à chaque fois rebondira. En pleine période Peace & Love, il revient avec un titre totalement décalé pour son image « Jésus Christ est un Hippie ». Il vient de coller à l’actualité tout en conservant son coté rocker un peu dépassé en pleine année 1970. Il faut dire qu’entre temps, les Beatles, les Stones, les Doors, Jimmy Hendrix, Janis Joplin, les Who et mai 68 sont passés par là et ont mis en vrac la société conservatrice et castratrice des parents et grands-parents.
Force est de constater que Johnny a réussi à franchir ce cap. Il en fera de même à la fin des années 70 avec le disco. Johnny n’aime pas cette musique et le fait savoir sur un titre très rock’n roll en prenant le risque de se faire descendre par les « branchés » de l’époque. Mais qu’importe, il le fait et attaque les années 80 dans un sale état. Il est au plus bas quand Michel Berger lui écrit un album exceptionnel. En quelques chansons, Johnny ressuscite, change son image, devient l’Artiste à côtoyer. Johnny chante pour Tennessee Williams, s’affiche avec Nathalie Baye et fait à nouveau vibrer la France. Suivra Goldman pour enfoncer le clou et voilà comment Johnny Halliday est devenu la plus grande star française.

Aujourd’hui, tout le monde rêve d'un duo avec Johnny et lui, toujours aussi généreux, l’accepte très souvent. Contrairement à ce que racontent ses détracteurs, Johnny est quelqu’un d’intelligent et d’extrêmement talentueux. S'il était né outre-atlantique, il aurait certainement été une des plus grandes star mondiales.
Personnellement, je pense que tout cela réside dans son enfance, dans ce manque affectif qui l’a condamné à vivre dans un tourbillon constant. Le Rock est fait pour lui, il le transpire, il l’incarne, il le sublime et fait définitivement partie des plus grands.

Samedi prochain, je serai au Stade de France et je suis certain que lui et ses musiciens vont encore une dernière fois me mettre à l’envers. Impression... La semaine prochaine, même lieu, même IP.
Jocelyn Garabedian,
Le 26 mai 2009.
|